Information : 400 médicaments avec parabens en instance d'être retirés du marché

Publié le par Carole Blériot

article de Thierry de Carabus :  link

 

"Les députés ont interdit 400 médicaments jugés dangereux. Mais le gouvernement pourrait empêcher le Sénat d'en faire autant.

D'un côté, il y a le principe de précaution et l'intérêt général et de l'autre, le poids des laboratoires et des intérêts financiers. On pourrait penser que le scandale du Mediator et l'affaire des antidiabétiques «cancérigènes» ne se sont jamais produits. Et pourtant. Selon le quotidien Le Monde, on trouve aujourd'hui en pharmacie quelque 400 médicaments, parmi lesquels des produits pour bébé, des antibiotiques et des dentifrices, qui contiennent des parabènes, des conservateurs à risques cancérigènes. La question est de savoir s'ils seront retirés de la vente ou s'il convient d'attendre, comme le souhaite le ministère de la Santé.

Quels sont ces médicaments?

Parmi les 400 préparations, on trouve des sirops pour la toux (Humex, Hexapneumine, Pectosan, Rhinathiol), des traitements contre les vomissements (Primpéran) ou pour le transit intestinal (Motilium). Sont également désignés des pansements gastriques (Maalox, Gaviscon), des antidouleurs (ibuprofène, paracétamol) et des crèmes (Biafine). Certains produits cosmétiques pour les bébés (Carbocistéine, Fluimucil) sont aussi dans le collimateur de même que des dentifrices (Fluocaril) et des antibiotiques (Zinnat). En voici une liste complète.

Que sont les parabènes?

Les parabènes, présents dans ces médicaments, se trouvent aussi dans des milliers de produits cosmétiques ou alimentaires. Ce sont des conservateurs qui empêchent le développement des champignons et des micro-organismes potentiellement nocifs pour l'homme. Ils évitent aussi la dégradation du médicament et la baisse de son efficacité. Mais, selon certaines études scientifiques, les parabènes pourraient avoir un effet cancérigène et une incidence sur la fertlité masculine.

Un vote des députés

Le 3 mai dernier, l'Assemblée Nationale a voté, au nom du principe de précaution, et à une courte majorité (par 236 voix contre 222) une interdiction totale des médicaments contenant notamment des parabènes. Le texte a été présenté par le député du Nouveau Centre Yanne Lachaud (Gard). Il entend interdire «la fabrication, l'importation, la vente ou l'offre de produits contenant (ces substances chimiques).»

Le gouvernement veut attendre

Xavier Bertrand, le ministre de la Santé, a expliqué lors des débats du 14 avril qu'il était contre cette interdiction et qu'il convenait d'attendre novembre prochain, les résultats d'une étude commandée par l'Agence Française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Dès lors, on peut se demander si le gouvernement ne va pas retirer le texte de l'ordre du jour du Sénat afin que les parlementaires n'aient pas la possibilité de le voter. Et cela, même si le ministre a déclaré: «Si on pouvait aller plus vite, j'en serais le premier heureux».

Des études contradictoires

Des chercheurs britanniques de l'université de Reading, dirigés par Philippa Darbre ont retrouvé des parabènes intacts dans des tumeurs du sein, sans qu'ils aient été absorbés par les tissus humains. Une étude jugée incomplète mais qui a poussé l'Afssaps, en 2004, à engager sa propre évaluation des parabènes. Dans ses conclusions l'année suivante, l'agence relevait que ces substances «sont peu toxiques et bien tolérés, bien que des réactions allergiques puissent survenir chez certaines personnes» tout en notant «un faible risque de perturbation du système endocrinien»

À la même époque, une autre étude, japonaise, a mis en évidence les effets toxiques du parabène de propyle sur la reproduction des rats, «suggérant un risque potentiel pour la fertilité masculine». «L'évaluation de 2004 avait laissé des zones d'ombre et l'étude japonaise montrant une altération de la fertilité chez le jeune rat présentait des insuffisances. Nous avons donc décidé de refaire une étude chez le jeune rat avec le parabène de propyle», explique au journal Le Monde Vincent Gazin, chef de l'unité de toxicologie à l'Afssaps. Depuis avril 2010, six laboratoires travaillent sur ce sujet et devraient rendre leurs conclusions en novembre 2011.

L'inquiétude des laboratoires phamaceutiques

Faut-il attendre leurs conclusions pour retirer de la vente les 400 médicaments concernés ou bien agir au nom du principe de précaution ? Le ministère de la Santé tergiverse. Quant aux laboratoires qui fabriquent ces produits, ils s'inquiètent. Si la loi arrivait au Sénat et si elle était votée, ils seraient contraints de retirer du commerce tous les médicaments et produits qui renferment des parabènes. Or, ces médicaments sont tous des «bestsellers» dans leur domaine et pas moins de 80 entreprises sont concernées par l'autorisation de mise sur le marché.

Certains laboratoires, qui commercialisent des médicaments sans ce conservateur, ont trouvé à cette occasion un argument de promotion: ils affichent déjà en gros sur leurs emballages la mention «sans parabène».

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Publié dans Santé et Nature

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